Boutique vénitiennes
J’ai une certaine admiration pour le magasinage. Je ne dis pas que j’aime cette activité, mais le fait d’attendre Marie, me laisse amplement le temps pour en tirer une réflexion.
Peut-être suis-je jaloux de cette habileté que Marie possède: d’être capable de jauger des qualités subtiles de la trame d’un tissu, du diaphane d’une écharpe, du galbe d’un soulier, du grain d’un cuir. Mais je crois que c’est cette chose beaucoup plus ancienne qui me fascine, celle de la transaction: de voir Marie avec ces hommes et ces femmes, aguerris et gentiment patients, avoir cet échange.
Ces gestes, ces talents, dans cette ville qui fut toujours marchande, sont en dehors du temps. Il est facile d’imaginer les tissus, les denrées et les biens, passer de mains en mains sur des tables et être jaugés, marchandés, vendus et échangés par des marchands, dont l’honnêteté n’est pas toujours certaine, dans les rues de cette ville: à peu de choses près, c’est encore ce qui s’y passe.
Il me semble maintenant que ce présent est si ancien…
